W.i.t.c.h.e.s Constellation<br>

W.i.t.c.h.e.s Constellation

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Présentation

Dans ce projet la chorégraphe et danseuse Latifa Laâbissi s’intéresse à la façon dont le signifiant « sorcière » a été́ appliqué par les détenteurs du pouvoir à des femmes considérées comme dangereuses et importunes, et ce, au fil des siècles et des contextes géographiques. Des artistes, militantes et autres agitatrices, se sont appropriées cette dénomination, qui invoque un potentiel de renversement de ce même pouvoir : de la chorégraphe Mary Wigman dans les années 1910, à l’activiste et écrivaine contemporaine Starhawk.

W.i.t.c.h.e.s Constellation propose d’articuler des œuvres, des pratiques et des dispositifs de paroles qui, mis en relation, créent un contexte et donnent à percevoir, à expérimenter collectivement des potentiels sensibles, critiques, magiques et subversifs. Il s’agit de tenter un agencement qui résiste à l’ambition du devenir majoritaire, en créant un climat où les imaginaires sont libres de se reconfigurer sans cesse, échappant à la fixation des tentatives d’assignation.

« La magie est un mot qui met les gens mal à l’aise, aussi je l’utilise délibérément car les mots avec lesquels on se sent bien, les mots qui sonnent acceptables, rationnels, scientifiques et intellectuellement fiables, le sont précisément parce qu’ils font partie de la langue de la mise à distance. » — Starhawak : Rêver L’obscur, Femmes, magie et politique.




DISPOSITIF

Alternatives Sorcières - Workshop (5 jours en huis clos, 2 jours en public) / Par Anna Colin et Latifa Laâbissi 
Latifa Laâbissi et Anna Colin (curatrice et chercheuse) se sont rencontrées il y a plusieurs années autour de la question des « sorcières » aujourd’hui.  Ces cinq dernières années, la sorcière a fait un retour remarqué dans l’imaginaire militant – en particulier dans les milieux féministes, queers et écologistes – notamment en réaction au climat de répression continue des dits « droits de l’Homme » et en faveur de pratiques plus éthiques et moins individualistes, orientées vers le bien-être et la justice sociale.  Entendue sous cet angle, la sorcière souscrit à l’altérité et incarne l’alternative, soutenant d’autres manières de vivre, d’apprendre, d’appréhender le monde et d’en prendre soin.  Ce sont autour de ces questions et des espaces différentiels que le workshop Alternatives sorcières propose de converser, spéculer, créer et fédérer de nouvelles et nouveaux allié-e-s.   Pendant une période intensive de sept jours articulée autour d’un workshop et d’une ouverture au public, Latifa Laâbissi et Anna Colin proposent de générer des mouvements, des questionnements et des rencontres, afin d’apprendre, de désapprendre, de cultiver et de partager des possibles différents à travers le prisme de l’image de la sorcière.

Tout d’abord un workshop réunit pendant cinq jours un groupe d’une douzaine de personnes qui travaillent ensemble les thèmes de l’altérité, de la marge, du mythe, de la rumeur, du collectif et des savoirs alternatifs. Des invitations sont également faites à des chercheu-r-se-s qui présentent leurs travaux sur des sujets variant par exemple de l’écoute du monde animal à l’imaginaire sorcellaire d’Afrique.

Puis, pendant deux jours, l’ensemble du groupe partage et réactive en public les formes développées collectivement durant les cinq jours du workshop. Celles-ci amalgamées et présentées aux côtés de documents, d’œuvres et autres objets séminaux qui ont inspiré les recherches initiales.


Représentations de performances de Latifa Laâbissi : Écran somnambule, Witch Noises, La part du rite (à la fin d’Alternatives Sorcières ou le jour suivant)  

Écran somnambule / Solo, durée 32mn

Un bloc compact au milieu de l'espace nu. Un visage, impassible et grimaçant. Une sculpture immobile, mais qui semble pourtant bouger, s'étirer, se contracter, tendre sa matière jusqu'à la limite d'elle-même. S'agit-il d'une apparition ? D'une reproduction ? D'un cas de possession ? D'un rêve ou d'une projection ? En choisissant de danser, aujourd'hui, au ralenti, la Danse de la sorcière de Mary Wigman, Latifa Laâbissi nous place en face d'un mirage, déréglant le statut de cet objet « historique » et brouillant les pistes d'interprétation. Pièce majeure de l'expressionnisme allemand, la Danse de la sorcière a laissé derrière elle une trace incomplète, qui continue de hanter l'inconscient de la danse à la manière d'un mauvais rêve : un film de 1 minute 40, datant de 1926, qui montre Mary Wigman au bord de la transe, les membres comme électrifiés, réagissant aux rythmes sourds des percussions. Cette esthétique du contraste, de la rupture abrupte, où le corps devient le traducteur d'états contradictoires, comment en restituer le potentiel perturbateur sans la momifier ?
Ne reproduisant que ce que montrent les images du film, Latifa Laâbissi se glisse dans le corps de la sorcière, et plonge la scène dans un état hypnotique où chaque mouvement dévoile sa lente construction. Opération proprement cinématographique – le ralenti dévoile une autre écriture à la surface du même : elle introduit une distance vis-à-vis de l'original tout en redonnant son relief, son état d'extrême tension à cette figure inquiétante. Incarnation d'un film ou reproduction d'un corps ? A la fois matériau et archive, sorcière et spectre, présence et médium, cette silhouette discordante produit une série d'écarts – aussi bien perceptifs qu'historiques – amenant à repenser le rapport de la danse à sa reproduction, à son histoire, à ses zones de refoulement. Écran somnambule : une surface de projection où viennent se déposer formes et références, monstres intérieurs et fragments de réel – dans un va-et-vient constant entre passé et présent, désenvoûtement et réactivation. — Gilles Amalvi

Witch Noises / duo, durée : 8mn

Mary Anne Santos Newhall chorégraphe, danseuse et historienne américaine, a transmis à Latifa Laâbissi sa version du solo Hexentanz de Mary Wigman. La reconstruction du solo Hexentanz par Mary Anne Santos Newhall, a été réalisée sur la base de nombreuses recherches grâce à des archives, textes et photographies inédites. Latifa Laâbissi a incorporé cette étape de transmission pour imaginer une nouvelle figure qu’elle cannibalise pour devenir, avec le musicien Cookie, le duo Witch Noises.  


La part du rite / Duo, durée : 40mn
Vous distinguez une forme immobile sous un tas de serviettes blanches. Une silhouette s'active autour d'elle, l'entoure de gestes minutieux. Ouvrière ou officiante, elle plie, tord, secoue, modèle cette momie anonyme comme un paquet de linge. Puis vous distinguez une voix, sans être tout à fait sûr de sa provenance : une voix étouffée, hésitante, une voix proche et lointaine qui dit : « changer le monde en changeant la qualité de son propre mouvement ». Qui parle de danse amateur, de danse révolutionnaire, évoque le rapport entre pratique physique, discours et utopie dans l'Allemagne des années 20 : quelle valeur d'émancipation, quel vecteur de luttes, quelle inscription dans la société de son époque ? Vous regardez une mise en scène de la parole, et à mesure que ça parle, que ça travaille dans le dire, le discours – de savoir rationnel se fait chose stratifiée, pleine de couches, de torsions, de creux et de plis ; une chose remise à l'ouvrage, pétrie, ravivée par des actions, des pressions, des recouvrements. Vous regardez deux corps à la tâche qui s'engendrent l'un l'autre, réactivant un espace-temps paradoxal d'où penser la danse en tant que force agissante.
Quelle est La part du rite dans le rapport entre corps et discours articulé, art et transformation sociale ? A la fois conférence, performance, installation, cette pièce creuse le lien unissant chair et mots pour en révéler les zones de creux, de heurts, les résidus, les devenirs. Dans une tension constante entre manipulation, articulation et désarticulation, une chorégraphe et une théoricienne de la danse cherchent à brancher des idées sur des états, des figures sur des matériaux ; à explorer différents régimes esthétiques pour en questionner l'actualité. Comme des opératrices – parlées, remuées par plusieurs strates de mouvements, de références, Latifa Laâbissi et Isabelle Launay réveillent une histoire engourdie : toutes deux bordées par le dispositif enveloppant de la scénographe Nadia Lauro, elles brodent cette histoire fragmentaire pour mieux la faire déborder de son cours. Formant avec Écran somnambule un objet dialectique, reflétant les paradoxes des débuts de la modernité et l'invention d'un art chorégraphique simultanément « puissance magique et puissance critique », La part du rite secoue l'archive pour en réveiller les fantômes, et proposer un montage au présent.  — Gilles Amalvi

distribution

    Alternatives Sorcières

    Conception : Latifa Laâbissi et Anna Colin

    Écran Somnambule
    Conception : Latifa Laâbissi
    Conception de la figure : Nadia Lauro
    Création lumière : Yves Godin
    Création son : Olivier Renouf, d’après l'interprétation instrumentale de H.-B. Lesguillier (d'après la musique de H. Hasting et W. Goetze)
    Direction technique : Ludovic Rivière

    Witch Noises

    Performance : Latifa Laâbissi
    Percussions et composition : Henri Bertrand "Cookie" Lesguillier
    Conception de la figure : Nadia Lauro
    Chorégraphie et transmission : Mary Anne Santos Newhall
    Création lumière : Yves Godin
    Direction technique : Ludovic Rivière

mentions

    Alternatives sorcières

    Date de création : mars 2018
    
Production : Figure Project

    Coproduction : CCN2 - Centre Chorégraphique de Grenoble / Le Triangle - Scène Conventionnée Danse, Rennes

    Écran Somnambule

    Date de création : 2012
    
Production : Figure Project

    Coproduction : CCN de Franche-Comté à Belfort, La Passerelle - Scène Nationale de Saint-Brieuc
    Prêt de studio : Musée de la Danse - CCNRB à Rennes, La Ménagerie de Verre dans le cadre des Studiolab

    

Witch Noises

    Date de création : janvier 2018
    Conception amorcée lors de « Scène du geste », conception et commissariat artistique 
Christophe Wavelet, en collaboration avec le Centre National de la Danse de Pantin en 2015.
    
Production : Figure Project

    Coproduction : CND - Centre national de la danse / CCN2 - Centre Chorégraphique de Grenoble / Le Triangle - Scène Conventionnée Danse, Rennes / ICI - CCN de Montpellier Languedoc
    

Crédit photo : Le Boa constricteur (détail), Aloys Zötl, 1836


    

La part du rite

    Date de création : 2012
    
Production : Figure Project

    Coproduction : Centre National de Danse Contemporaine d’Angers, CCN de Franche-Comté à Belfort, La Passerelle - Scène Nationale de Saint-Brieuc


    Prêt de studio : Musée de la Danse - CCNRB à Rennes, La Ménagerie de Verre

diffusion

} 26 mars 2018

Du 26 au 31 mars
Le Triangle - cité de la danse, Rennes

Workshop
+
Alternatives sorcières
Écran Somnambule
Witch Noises

letriangle.org

} 23 janvier 2018

Du 23 au 31 janvier
ICI - CCN Montpellier

dans le cadre de PAR/ICI résidence de recherche et création

ici-ccn.com